• .....Voici un moment clé de l'histoire d'Awana. Il se situe vers la fin du tome 2.
    .....Ce texte est un peu spécial car il s'agit d'un crossover avec One Piece, un manga que j'affectionne particulièrement. Du fait de cette "rencontre", ce passage ne se trouvera pas dans le roman lui-même. Mais c'est ce qui se passera réellement.
    Pour connaître le contexte, il faut attendre que j'ai écrit le tome 2 ^^ 


    Une nouvelle ère
    (Spin-off du Secret d'Abandhone part2)
    (Crossover avec One Piece, manga d'Eiichirõ Oda) 

    Par Sedenta 


    ..... La pierre vola en éclats et la colère avec elle.
    ..... Haletante, Awana s’agenouilla par terre sans tenir compte du sang qui ruisselait sur sa main droite. La rage qui lui serrait le cœur était encore trop vive pour permettre à ses larmes de couler. Sa respiration se fit lente et profonde. Elle lutta contre elle-même pour contenir le flot de haine qui la submergeait en vague dévastatrice.
    ..... Elle avait envie de tuer.
    ..... Ses mains plongèrent dans le sable et elle baissa la tête. Le son des vagues joua pour elle une mélodie doucereuse qui l’apaisa. Les embruns marins lui caressèrent le visage et transportèrent son esprit vers un passé plus heureux, vers une époque insouciante où l’ignorance la protégeait de ce monde qu’elle abhorrait à présent.
    ..... Elle voulait mourir. Tuer tous ceux qui l’avaient faite souffrir et mourir ensuite. Pour que le monde l’oublie.
    ..... Son cœur meurtri se calqua sur le rythme régulier du ressac et se calma petit à petit. Elle essaya tant bien que mal de trouver une chose sur laquelle se concentrer, mais rien ne l’intéressait. L’eau d’un bleu azur qui s’étendait à l’infini devant elle la laissait de marbre. Elle n’avait plus la force de s’émerveiller devant un paysage aussi grandiose soit-il.
    ..... Ce qui attira son attention fut une tache jaune flottant sur l’eau ondulante. Elle releva la tête et regarda les vagues apporter un chapeau de paille sur le rivage. Il se coucha là, à peine à un mètre d’elle. La jeune femme oublia toute colère, toute rancœur et se leva, curieuse. Elle s’approcha, se baissa pour le ramasser et l’observa. C’était un simple chapeau de paille ceint d’un ruban rouge.
    ..... Un simple chapeau de paille…
    ..... Son cœur rata un battement. Elle ne sut expliquer pourquoi, mais cet objet dégageait quelque chose qui la fit frissonner. Elle le regarda quelques secondes et hésita avant de le mettre. Dès qu’il se posa sur sa tête, une onde chaleureuse se diffusa en elle. Une sensation de force et de courage la submergea et elle perdit de nouveau le contrôle de son rythme cardiaque. Elle ressentait des combats terribles, des douleurs mordantes, une amitié immortelle et une envie d’avancer sans pareil. Son cœur se serra, son ventre se noua et ses larmes montèrent. Elle amena sa main gauche sur la calotte du chapeau et l’agrippa. Elle baissa la tête, se mordit la lèvre inférieure lorsqu’un flot incontrôlable de larmes se mit à couler sur ses joues.
    Mais elle se sentait forte.
    ..... Ses muscles roulèrent sous sa peau, se bandèrent comme avant un combat important. La détermination étreignit son corps et lui fit relever la tête. Son regard se fixa sur l’horizon.
    ..... « N’abandonne jamais » lui murmurait le chapeau. « Ton voyage n’est pas encore fini. Une nouvelle ère commence et tu en es la figure de proue. Trouve-toi un nouveau rêve ! »
    ..... Awana sourit et hocha la tête en signe d’approbation. Oui, elle devait encore rêver.
    ..... Elle accrocha son regard au ciel.
    ..... — Il est temps pour moi de naviguer sur d’autres mers, murmura-t-elle.
    ..... Une branche craqua derrière elle et la fit se retourner. Une jeune fille de seize ans aux longs cheveux châtain clair et aux grands yeux rubis s’approcha. Son visage inquiet se détendit devant le sourire d’Awana.
    ..... — Tout le monde s’inquiète, lui dit Kidi. Reviens.
    ..... Son dernier mot sonna comme une supplique criante qu’Awana ne put ignorer.
    ..... Elle devait trouver un autre rêve.
    ..... — Ton chapeau est joli.
    ..... — Ce n’est pas le mien.
    ..... Elle l’ôta de sa tête et le regarda un instant. Un sourire doux se dessina sur ses lèvres.
    ..... — Merci, lui murmura-t-elle.
    ..... Elle le saisit fermement par son bord et le lança de toutes ses forces au-dessus de la mer.
    ..... — Il n’a pas encore réalisé son rêve, expliqua la jeune femme à l’adolescente. Son propriétaire a encore besoin de lui.
    ..... Un courant aérien emporta le chapeau hors du champ de vision des deux filles. Il devait être le symbole d’une nouvelle ère, mais ce ne serait pas de celle d’Awana.
    ..... La jeune femme tourna le dos à l’océan et avança, enhardie par une nouvelle soif de vie.

    ****** 

    .....Le chapeau de paille chevaucha le vent et disparut dans une faille spatio-temporelle. De l’autre côté, sur un bateau voguant sur un océan bleu, une main l’attrapa et le posa sur de courts cheveux noirs. Le jeune homme sourit à pleines dents. En haut du mât, un drapeau noir claquait au vent. Dessus, une tête de mort arborait fièrement un chapeau de paille ceint d’un ruban rouge.

     


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  • Voici le spin-off sur lequel je travaille actuellement. L'histoire se passe sur le continent Vanhaval, à l'est de Celebrindal (où se situe l'histoire de mon roman).
    Ici, aucun personnage déjà présenté sur le blog ou apparaissant dans l'histoire originale. Changement de décors, de personnages et d'histoire.

    La nouvelle est en 5 chapitres. 

    Résumé :

    Suivez Jeanna et ses compagnons le temps d'une quête pour retrouver une cité perdue et sauver l'avenir de la jeune femme. Car il y a bien plus d'intérêt à trouver une ville de légende que la satisfaction personnelle ou le rêve de toute une vie. Cette découverte pourrait bien éviter un destin déjà tout tracé.

     

    Les larmes de Cazan 

     - Chapitre 1

     - Chapitre 2

     - Chapitre 3

     - Chapitre 4
     

     - Chapitre 5 

     - Texte intégral


     


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  • Ce spin-off prend place dans l'enfance de l'un des personnages secondaires les plus importants : Kãlãdãn Bërdbender, général de l'armée d'Abandhone. La fin se situe quelques mois avant le début de l'histoire.

    Toute reproduction/utilisation totale ou partielle est interdite sans mon accord. Ce texte et les personnages sont mon entière propriété.

     


     

    Amitié traîtresse
    (Spin-off du Secret d’Abandhone)

    Par Sedenta

     

        L’épée s’abattit violement. L’enfant voulu esquiver, mais il n’était pas assez rapide. La lame de bois lui cassa l’index et le majeur de la main droite. L’arme d’entraînement du garçon tomba au sol. Il ramena sa main blessée vers lui, comme pour la protéger d’autres dangers et fronça les sourcils. Il avait mal. Il courba imperceptiblement l’échine. La voix du Baron, son père et adversaire, éclata comme le tonnerre :
    —   Que t’ai-je appris, Kãlãdãn ?
    —  La douleur n’est qu’une image de l’esprit, récita l’enfant, luttant contre la souffrance qui lui lacérait la main. Elle empêche l’homme d’avancer et le guerrier de combattre. L’annihiler est promesse de victoire.
    —   Bien. Mais pourquoi alors sculpte-t-elle ton visage ? Redresse-toi ! Tempêta-t-il.
        Le garçon s’exécuta aussitôt. Il lâcha sa main qu’il tenait plutôt et ramena son bras le long de son corps. La douleur commençait déjà à s’apaiser. Son visage se détendit.
    —  Tu as dix ans déjà, reprit le maréchal Bërdbender. Je ne devrais plus avoir besoin de te reprendre sur ce genre de choses. Certains sentiments et ressentis sont inutiles à un maréchal.  Quels sont-ils ?
    —  Douleur, compassion, amour, colère, vengeance, défaite, abandon, tristesse, remords et…
    Le garçon hésita. Le dernier était le plus précieux à ses yeux, celui dont à besoin tout enfant pour s’épanouir.
    —  Confiance en autrui, acheva-t-il finalement.
    Son père lui avait toujours interdit de se lier d’amitié avec d’autres enfants. Pour lui ce sentiment, semblable à l’amour, était traître. On ne pouvait avoir confiance qu’en soi-même car les autres, tôt ou tard, finissaient par nous trahirent.
        Un maréchal devait être fort ! Un maréchal devait, devait, devait sans cesse ! Kãlãdãn n’entendait parler que de « maréchal » depuis toujours. Son éducation militaire n’avait pour but que ce titre suprême. Son père passait des heures et des heures à apprendre à son fils stratégies, combat et maniement des armes, commandement et autres sujets propres à l’armée. Depuis sa naissance, son chemin était tracé : il serait maréchal de l’armée d’Abandhone.
    —  Nous reprendrons l’entraînement demain, conclut l’homme. Vas dire au palefrenier de seller nos chevaux. Je t’accompagne chez le Docteur Raer.
        Kãlãdãn ne sourcilla pas et prit sitôt congé de son père. Il contourna la rive ouest du lac et, passé ce cap, courut jusqu’aux écuries. Jilen était à son post et nettoyait le box de Fil d’Argent, un vieux barbe doux comme un agneau. Le jeune palefrenier accueillit l’enfant dans un sourire.
    —   Bien le bonjour jeune monsieur !
    —   Bonjour Jilen, salua l’enfant. Tu pourrais seller Vif Eclair et Sang d’or s’il te plaît.
    —   Votre père et vous partez en promenade ? S’enquit le jeune homme tout en s’exécutant.
    —   En quelque sorte…

     

        Il ne fallut que quelques minutes au palefrenier pour amener les deux frisons à l’extérieur. Harnachés comme des chevaux impériaux, ils étaient tous deux magnifiques et arboraient, fièrement semblait-il, un pelage noir doux et soyeux. Kãlãdãn entreprit de monter Sang d’or mais sa main blessée et la taille du cheval ne lui facilitaient pas la tâche.
    —  Comment vous êtes-vous blessé ? Interrogea Jilen en aidant son jeune maître à se mettre en selle.
    —  A l’entraînement, répondit le garçon. J’ai baissé ma garde, mentit-il.
    —  Je vois.
       Jilen n’eut pas besoin de rajouter autre chose. Sa dernière phrase était lourde de sous-entendu. Il connaissait bien le Baron Bërdbender et sa manière d’éduquer son enfant. Il admirait le jeune garçon pour sa détermination et son courage. Là où lui tenait bon, d’autres auraient abandonné, enfants ou hommes.
    —  Utilisez votre main gauche, lui dit-il. Sang d’or est dressé pour la rêne d’appui. Le voyage sera plus agréable.
        Kãlãdãn le gratifia d’un sourire et fit partir son frison au petit galop. Derrière lui, Vif Eclair suivait docilement sans qu’on ait besoin de tenir ses rênes. Le cavalier contourna le manoir et arriva sur le devant du bâtiment, là où le gravier crissait sous les sabots des chevaux. Son père l’attendait sur les marches de pierres qui menaient à l’entrée principale. Comme à son habitude, il restait droit et inexpressif, comme si rien dans ce monde n’avait le pouvoir de le faire sourire.
       Le garçon fit arrêter Vif Eclair devant le Baron. Ce dernier enfourcha l’animal avant de le talonner. Kãlãdãn suivit, mais durant le trajet, aucun mot ne fut échangé entre le père et le fils.

     

        Chez le médecin, l’atmosphère ne se détendit pas. Raer Tun attrapa la main de Kãlãdãn pour l’examiner. Quand il toucha ses doigts brisés, l’enfant se fit violence pour ne rien laisser paraître, car son père le regardait avec insistance. Cet instant précis, l’homme l’attendait depuis que son fils s’était blessé. Il l’avait accompagné dans l’unique but de le voir souffrir en silence. Le garçon ne bougea pas. Son regard était ancré dans celui de son père. Raer Tun, depuis le temps qu’il suivait la famille, connaissait aussi les exigences du Baron envers son fils. Il souffla.
    —    Tu vas devoir garder ta main immobile pendant au moins trois semaines. Je vais bander tes doigts. Aucun entraînement tant que je ne t’en donne pas l’autorisation.
    —     C’est sa main droite qui est blessée, intervint le Baron Bërdbender. Il pourra très bien s’entraîner avec la gauche.
    —     Tu es ambidextre Kãlãdãn ? S’étonna le médecin.
    —     Bien sûr, répondit le maréchal. Afin de palier à ce genre de problème justement.
        Le médecin secoua la tête. Il n’y avait rien à faire. Quoi qu’il dise, le Baron ne changerait pas d’avis. Si seulement la Duchesse était là. Mais certainement ne laisserait-elle pas son mari agir à sa guise en mettant en danger la santé de leur enfant.
    Raer Tun tapota l’épaule du garçon dans un geste amical, comme un soutien pour les lendemains qu’il allait devoir affronter. Le médecin inclina la tête pour saluer le Baron avant qu’il ne parte, entraînant Kãlãdãn derrière lui.

     

        Au manoir Bërdbender, la conversation ne prit pas un tournant favorable au Baron. A peine fut-il arrivé que la Duchesse D’Ange s’avança vers eux. Elle connaissait déjà les conclusions du médecin et les projets de son mari.
        Jeune dame au corps élancé, Claaral d’Ange était vêtu d’une longue robe blanche vaporeuse que son allure calme suffisait à faire voler. Ses longs cheveux argentés, hérités de ses ancêtres Biches Blanches, tombaient en cascades ondulées sur ses épaules dénudées. Le bas de son visage était caché par un masque de tissu blanc, car la dame était malade. Une maladie que nul médecin ne pouvait soigner et qui l’affaiblissait de jours en jours. Parfois, le femme n’avait pas la force de bouger et ne quittait pas sa chambre de la journée. Mais aujourd’hui, la maladie lui avait laissé un répit suffisant pour qu’elle puisse s’opposer au Baron.
        Elle s’approcha de son fils et le serra dans ses bras, sachant parfaitement que ce genre de démonstrations affectives exaspérait son époux. En temps normal, elle gardait cette affection pour les moments d’intimités entre son fils et elle.
    —  Kãlãdãn, vas jouer dehors si tu veux, dit-elle à son enfant. Ton père et moi devons parler.
        Le garçon ne se fit pas prier, trop heureux de se soustraire à l’emprise de son père. Et puis, personne ne le savait, mais il était attendu, là-bas, près de la rivière qui coulait non loin de la demeure.
        La Duchesse attendit que l’enfant ait disparut avant d’introduire la conversation :
    —  Si tu veux le tuer il te serait plus facile de le poignarder.
    Fãrãin souffla. Il croisa les mains dans son dos et se tourna vers la fenêtre.
    —  Tu ne comprends pas, dit-il.
    — Alors expliques-moi, répondit-elle. Que n’ai-je pas compris ? Que si Kãlãdãn néglige son entraînement aux armes pendant trois semaines son avenir de maréchal en sera menacé ? Ne te moque pas de moi Fãrãin.  Je suis malade mais je ne suis pas stupide.
    —  Je veux lui donner une chance de réussir sa vie, expliqua le maréchal. Je vieillis Claraal. Quand il aura l’âge de rentrer dans l’armée je serai trop vieux pour l’entraîner. Il n’arrivera jamais à être maréchal ainsi. Il faut que je lui enseigne tant que je peux encore tenir une épée.
    —  Penses-tu vraiment que trois semaines de repos vont compromettre son avenir ? Seras-tu trop vieux dans trois semaines pour pouvoir encore lui enseigner ?
    —  Qui sait ce qu’il peut arriver.
    —  Ne me fais pas rire Fãrãin. Je partirai certainement avant toi. Quant à son avenir, il est déjà assuré. Maréchal ou non, il deviendra Duc pairs, prendra la tête du duché le plus important d’Abandhone et siègera au conseil de l’impératrice. Kãlãdãn ne s’entraînera pas avec toi jusqu’à ce que le médecin le décide, conclu-t-elle. Il n’en sera pas autrement. Je sais que tu veux le meilleur pour lui, dit-elle, voyant que son mari voulait parler. Mais ce n’est qu’un enfant, lui rappela-t-elle. Il n’a pas encore les épaules assez larges pour supporter ton rêve.
        Le Baron ne rajouta rien. La conversation était close. La Duchesse tourna les talons et disparut derrière l’une des portes du hall. Elle savait qu’elle avait gagné ce combat, mais qu’elle était loin d’avoir gagné la guerre. Car malgré tout, dès que Kãlãdãn serait guéri, Fãrãin l’entraînerait de nouveau dans cette vie sans souffle.

     

        Le garçon courait dans le bois, prenant soin de garder sa main immobile. Quelques minutes de course l’amenèrent à la rivière où son rendez-vous avait lieu. Chaque soir depuis un an, après l’entraînement avec son père, il courait comme aujourd’hui pour venir rejoindre ses deux amis : Naig et Lae.
        Naig, un châtain aux yeux marron, avait le même âge que Kãlãdãn. Ils s’étaient rencontrés à la capitale, un jour où Kãlãdãn s’était aventuré seul dans les rues. Il avait appris, à force de parler, que le châtain n’habitait pas loin de la rivière qui courait aux abords du domaine des Bërdbender.
        Avant de se quitter ce jour-là, ils se firent la promesse de se revoir, ici, au bord de l’eau, à mi-chemin entre les deux maisons.
    Quand les deux compères s’étaient revus, Naig avait amené avec lui sa petite sœur, Lae, qui le suivait partout où il allait. La petite avait trois ans de moins que son frère, mais cela ne l’empêchait pas d’être aussi débrouillarde que lui. Venant d’un milieu plus que modeste, l’amour fraternel qui les unissait était la seule chose qu’ils avaient et depuis toujours, ils faisaient tout ensemble.
        Kãlãdãn avait conscience qu’il allait ainsi à l’encontre de ce que son père lui enseignait. Mais les éclats de rire faisaient vite oublier les dangers de l’amitié.
    Pendant un an, les trois amis avaient vécu au rythme des jeux, oubliant la dure réalité dans laquelle chacun retournerait quand leur monde de magie se briserait.
        Aujourd’hui, Kãlãdãn était heureux, car il pourrait annoncer à ses amis que durant trois semaines, ils pourraient se voir plus souvent.
    —  Qu’est-ce qu’y t’es arrivé ? Demanda Naig à son camarade quand il les eut rejoints.
    —  Je me suis blessé à l’entraînement avec mon père, répondit simplement le brun.
        Le rire de Lae attira les deux garçons vers elle. La petite s’était agenouillée près d’un trou d’eau, abrité du courant de la rivière, où les têtards se comptaient par dizaine. Comme à chaque fois, elle s’émerveillait devant toute la vie que recelait ce si petit endroit du monde. Elle riait toujours en disant qu’elle aurait aimé avoir autant de frères et sœurs.
    —  T’es bête, se moqua gentiment son frère. Maman elle aurait pas pu avoir autant de bébés. Puis la maison, elle aurait été trop petite.
    —  Oh.., laissa-t-elle échapper, la mine déçue. C’est pas grave, j’ai déjà deux grands frères, sourit-elle.
        Les deux garçons riaient aussi. Naig, loin d’être jaloux de son nouveau « frère », était heureux de ne plus être le seul à veiller sur sa petite sœur. Maintenant, elle serait deux fois mieux protégée !
        Kãlãdãn s’assit à côté d’elle.
    —  A quoi on joue ? Lui demanda-t-il. Aujourd’hui c’est à toi de choisir.
    —  Je veux jouer à…à Jason !
    —  Lae, on n’est pas assez nombreux, lui rappela son frère. Ça a pas changé depuis la dernière fois. Et depuis la fois d’avant non plus, et la fois encore d’avant.
    —  T’es pas gentil Naig, bouda Lae. Puisque c’est comme ça, dit-elle en se levant, visiblement décidée, on va jouer aux aventuriers !
    —  D’accord, approuva Naig. Mais n’oublie pas Lae : on ne traverse pas la rivière. Le courant est trop fort et le tronc trop glissant. Si tu reviens mouillée à la maison, maman va encore me gronder.
    —  C’est vrai qu’il a beaucoup plu ces derniers jours, dit Kãlãdãn. La rivière a gonflée.
    —  Moi je traverse pas la rivière, dit la fillette. Parce que maman elle va te gronder mais après tu vas me gronder. Et moi j’aime pas quand t’es fâché.
    Naig lui ébouriffa les cheveux. Un sourire de profond amour se dessina sur ses lèvres.
    —  Aller, on va jouer ! Déclara-t-il.

        Les enfants s’amusèrent le reste de la journée, à l’abri des arbres, jusqu’à ce que le soleil ne disparaisse derrière l’horizon. Arrivait alors l’heure où les portes des rêves devaient être fermées. Mais les trois amis gardaient la clef près de leur cœur pour que le lendemain, ils puissent la retrouver sans mal.

     

        Plus d’une semaine passa ainsi. Même si le ciel avait été capricieux certaines fois, empêchant les enfants de se retrouver, le temps s’était arrêté pour eux qui ne voyaient plus que leur prochaine rencontre.
        Ce jour là, bien que le vent soufflait parfois en puissantes rafales, les trois amis se retrouvèrent comme à leur habitude près de la rivière et de la marre aux têtards. Assis sur des rochers bordant l’eau, ils se concertaient pour savoir quoi faire. Le bruit du courant les obligeait à hausser un peu la voix. Mais ils aimaient ce bruit assourdissant.
    —  Aujourd’hui c’est à toi de décider à quoi on joue, dit Naig à Kãlãdãn.
    —  Euh…, hésita l’enfant.
        Lae s’approcha de lui et lui chuchota quelque chose à l’oreille. Le brun sourit. Quand elle eut fini, il reprit :
    —  Jouons à cache-cache.
    —  Oui ! S’écria Lae dans un bond.
    —  Dis petite sœur, ce n’était pas à toi de choisir, la réprimanda son frère.
    —  Te fâche pas Naig, je n’avais pas d’idée de toute façon, dit son ami.
    —  D’accord, abdiqua le châtain. Mais la prochaine fois Lae, laisse-le décider.
    —  Oui, sourit la fillette. C’est Kãlãdãn qui cherche !
    —  Tu décide encore Lae…
    —  C’est bon, intervint le brun. Allez vous cacher, dit-il en fermant les yeux.
        Kãlãdãn n’avait pas encore commencé à compter que déjà la fratrie avait détalé. Le vent maltraitait les arbres, les fouettant violemment. Il serait difficile pour le chasseur de trouver ses proies en simplement écoutant. Il devrait être plus futé et suivre leurs traces. Naig et Lae aimaient que leur ami soit le chercheur. Son éducation le rendait habile pisteur et c’était pour eux une satisfaction personnelle de le déjouer. Chose assez rare hélas. Lae était toujours celle qui se faisait repérer en première. La petite fille ne pouvait s’empêcher de rire aux éclats quand on passait à côté d’elle. Pourtant elle ne manquait pas d’imagination pour jouer à cache-cache, et sa petite taille lui permettait de se dissimuler partout où elle le voulait, jusque dans les terriers des animaux.
        Naig quant à lui était moins exigeant. Un arbre ou des broussailles lui suffisaient. Immobile comme une pierre, il était difficilement repérable pour un œil non avisé, d’autant que ces vêtements couleur terre le camouflaient parfaitement. Patient, il attendait ainsi jusqu’à ce qu’on ne le trouve, où jusqu’à ce que le chasseur déclare haut et fort qu’il abandonnait.

     

        Quand Kãlãdãn eut compté jusqu’à cinquante, il ouvrit les yeux et partit en chasse. Aujourd’hui, il commencerait par Naig. C’était toujours lui qui lui posait le plus de problèmes.
        Comme il s’en était douté, le vent grondait tellement qu’il ne pouvait pas compté sur son ouïe pour le guider. Alors il regarda le sol. La pluie qui était tombée ces derniers jours avait rendu le sol meuble. Même léger, Naig avait laissé quelques empruntes. Il suffisait de les suivre. Tout du moins dans un premier temps.
        Le brun arriva jusqu’à la dernière emprunte. Il s’était éloigné de la rivière car son grondement était lointain. Comme il l’avait pensé, il ne vit rien. L’endroit était broussailleux à souhait, les troncs étaient épais et rien ne bougeait. Il fallait qu’il procède avec méthode. Son regard parcouru et analysa chaque détail du paysage. Le procédé était long, mais il finirait par trouver ce qui n’avait pas sa place ici.
        Soudain au loin, un cri aigu retentit. Naig se redressa aussitôt, émergeant des arbustes devant lesquels Kãlãdãn s’était arrêté. Le temps sembla se ralentir pour les deux garçons. Il leur sembla qu’ils mirent une éternité à courir à toutes jambes en direction du cri. Leur cœur s’affolait dans leur poitrine. Le sang battait sous leurs temps. L’angoisse montait à chaque foulée. La peur serrait leur ventre mais faisait bouillir leur sang. Plus vite. Ils couraient plus vite que jamais, couchant les herbes sur leur passage, pliant les branches dans leur course.
        Le grondement de la rivière, il n’y avait pas longtemps si beau et apaisant, leur semblait être à présent le rire d’un démon qui se jouait d’eux.
        Entraînés par leur élan, ils s’arrêtèrent in extremis au bord de l’eau. Kãlãdãn, que Naig avait devancé, le percuta de plein fouet. Mais le châtain ne bougea pas. La peur l’avait cloué sur place car, en face de lui, sa petite sœur était cramponnée à une branche du tronc qui leur servait de pont de fortune. Lae luttait de toutes ses forces contre le puissant courant qui voulait l’entraîné avec lui.
    —  Lae ! Hurlèrent en chœur les deux garçons.
        Mais elle ne les entendit pas. Les deux amis coururent en aval, vers le tronc. Quand ils l’atteignirent, un remous frappa la fillette au visage, lui faisant aussitôt lâcher prise.
        Les garçons, qui s’apprêtaient à grimper sur le tronc, reprirent leur course, longeant la rivière en criant aussi fort qu’ils le pouvaient, espérant que la petite entendrait. Mais le courant la malmenait, l’entrainant par moment au fond de l’eau. La rivière était déchaînée par le vent et gonflée par les dernières pluies de la Lune des Semences. Rien dans ce monde n’avait la force de lutter contre elle.
        Naig enleva sa veste et s’apprêta à se jeter à l’eau lorsque Kãlãdãn l’en empêcha. Il attrapa le châtain par la taille, oubliant ses doigts brisés, et le tira en arrière, le ramenant sur la terre ferme.
    —  Lâche-moi ! Cirait Naig. Je dois y aller.
    —  Si tu plonge tu vas te noyer !
    —  J’men fous ! Hurlait-il en essayant de se dégager.
    —  Réfléchis Naig ! Lui disait son camarade. On a plus de chance de la récupérer en bas de la petite chute. Allons-y ! S’exclama-t-il en tirant son ami par le bras.
        Ils étaient à bout de souffle. La peur les épuisait comme l’aurait fait une interminable guerre. Le froid les piquait. Un goût de sang se faisait sentir dans leur bouche. Mais ils couraient encore. Ils descendirent la petite pente rocheuse qui les mènerait au bas de la chute. Le courant y était plus calme, certainement que Lae avait pu nager et se réfugier sur la rive.
    Les cailloux étaient glissants. Les garçons manquèrent tomber plusieurs fois, mais ils arrivèrent tout de même en bas. Le brun ne sentait même pas la douleur de sa main.
        Les deux amis cherchèrent frénétiquement autour d’eux, Naig sur cette rive et Kãlãdãn sur celle d’en face.
    —  Lae ! Cria soudain Naig.
        Kãlãdãn rejoignit aussitôt son ami. Il le trouva à genoux, tenant sa sœur immobile dans ses bras. Naig se balançait, pleurant de douleur. Son ami s’approcha et amena sa main à la gorge de la fillette : rien.
        La panique le gagna. Les larmes aux yeux, il attrapa Naig par l’épaule et le jeta brusquement en arrière. Il attrapa le corps de Lae et l’allongea sur le dos, bien droite. Il lui ouvrit la bouche et souffla. Puis il se mit à la verticale au-dessus d’elle pour pouvoir compresser son sternum. Il compressa. Encore. Encore. Cinq fois en tout. Il souffla. Puis il compressa.
        Inlassablement, il compressait et soufflait. Naig était à côté de lui, son visage ruisselant de larmes.
    —  Dépêche-toi, pleurait-il. Pourquoi elle se réveille pas ?
        Mais Kãlãdãn ne l’écoutait pas. Plus le temps passait, plus ses larmes coulaient. La peur lui serrait les entrailles. Il chassait par ses gestes désespérés l’horrible réalité qui s’imposait à son esprit.
    —  Aller Lae ! Hurla-t-il. Reviens ! Reviens !
    —  Petite sœur !
        Naig écarta Kãlãdãn d’un coup de coude. Il prit sa sœur dans ses bras et la berça.
    —  Fais pas l’idiote petite sœur, murmura-t-il. Papa et maman vont me gronder s’il t’arrive quelque chose. Et moi je serai fâché. T’as dit…t’as dis que tu aimais pas…quand j’étais…j’étais…quand je…
        Naig pleurait tellement que le souffle lui manquait pour finir sa phrase. L’enfant gémissait sur le corps sans vie de sa sœur, priant les dieux de lui faire ouvrir les yeux.
        Kãlãdãn s’approcha et posa sa main tremblante sur l’épaule du châtain.
    —  Elle est morte, dit-il, la voix étranglée par le chagrin.
    —  Tais-toi ! Tonna Naig en le poussant.
        Il posa le corps de sœur et se leva. Son ami l’imita.
    — J’ai essayé de la sauvé, murmura le brun.
    —  C’est à cause de toi qu’elle est morte ! Hurla Naig. C’est de ta faute ! Si tu ne m’avais pas empêché de plonger, je l’aurais sauvée !
    —  Tu te serais noyé…
    —  Dégage ! Cria le châtain en le frappant au visage.
        Kãlãdãn tomba à la renverse. Il se releva. Naig ramassa tous les cailloux qu’il trouvait et les lança sur le brun. Certains le touchèrent au visage, mais la plupart frappèrent ses bras et ses jambes. Naig les lançait avec force et rage. Mais chaque caillou attisait sa tristesse. Bientôt, c’est la haine qui déforma son visage et guida son bras.
    —  Dégage ! Dégage ! Dégage ! Hurlait-il.
        Blessé au corps et à l’âme, Kãlãdãn se releva. Comme un guerrier dont l’honneur aurait été bafoué, il garda la tête basse. Meurtri, il lança un dernier regard en direction de celui qui, quelques minutes plus tôt, était encore son meilleur ami, son frère.
        Chancelant, il escalada les rochers glissants. La douleur à sa main n’était rien en comparaison de celle qui lui brûlait le cœur.
        Quand il arriva en haut, il se mit à courir. Il devait courir, car il savait que dès qu’il s’arrêterait, les larmes le submergeraient.

     

        Passé l’orée du bois, sa maison lui apparut, si belle sous les rayons du soleil couchant, comme un édifice flamboyant qui pourrait sécher ses pleurs. Il se dépêcha. Il voulait que quelqu’un le prenne dans ses bras, que quelqu’un lui dise que non, il n’était pas responsable de ce qui venait d’arriver. Parce que lui, il n’arrivait pas à s’en convaincre.
        Arrivé sur les marches de l’entrée principale, sa main se tendit vers la poignée. Mais il se ravisa. S’il entrait maintenant, il devrait tout expliquer à ses parents. Il devrait leur avouer le crime dont il était l’auteur. Et ça, il ne le voulait pour rien au monde.
    L’enfant fit demi-tour et se dirigea vers les écuries. Les chevaux, eux, ne le jugeraient pas.
        Il attrapa des tapis de selle et grimpa dans le grenier à foin. Après s’être aménagé un lit de fortune, il s’allongea.
        Les chevaux, imperturbables compagnons, ne prêtèrent pas attention aux pleurs que l’enfant étouffa toute la nuit.

     

    *****

    ***

    *

     

        En cette Lune d’hiver, la neige tombait paisiblement en petit flocons de coton sur l’allée déserte. Cela faisait déjà longtemps que la nature avait fermé ses yeux et que les oiseaux ne chantaient plus, rendant le cimetière plus sinistre qu’il ne l’était habituellement.
        Entourée par de hautes stèles mortuaires d’un gris sombre, une petite tombe blanche se dressait timidement.
        Le temps avait passé. Beaucoup de temps.
        Sur la tombe, onze joyaux des montagnes avaient été déposées. Les fleurs étaient magnifiques. Neuf grands pétales d’un blanc de neige sur lesquels était incrustés des cristaux, cause du scintillement intense des fleurs au soleil. Le pédoncule épais et les petits sépales étaient d’un blanc grisâtre, à l’image des nuages qui parcouraient le ciel.
        Kãlãdãn se tenait droit, immobile comme une statue fantastique. Sa tenue de général d’Abandhone, d’un noir profond, contrastait magnifiquement avec le paysage enneigé. Alors qu’au contraire, sa beauté et sa prestance étaient à l’image du temps : glaciales.
        Le jeune homme serra sa main droite. Ses doigts n’avaient jamais vraiment cicatrisés à cause de ce jour. Quand le temps était changeant ou froid, comme aujourd’hui, une douleur désagréable se faisait sentir. Il ne devait pas oublier. Parce qu’il ne s’était pas pardonné.
        La neige cessa de tomber et bientôt les nuages furent chassés. Le soleil éclaira alors les fleurs qui se mirent à briller de mille éclats.
    —  Je suis désolé Lae, s’excusa le jeune homme. Je sais que je suis en avance, mais une mission dans le nord m’empêchera d’être là pour ce jour. Je ne sais pas quand elle prendra fin. Alors me voici.
        Aucun sentiment ne passa sur le visage du jeune homme. L’éducation de son père avait fait son œuvre.

     

        Des pas firent craquer la neige derrière lui. Le général ne bougea pas. Il se moquait de savoir qui cela pouvait être.
    —  Kãlãdãn ?
        La voix, malgré le temps passé, n’avait pas vraiment changé.
    —  Naig, dit simplement le soldat.
        Il avait prononcé ce nom avec indifférence. Il ne prit même pas la peine de se retourner. Onze ans que les deux hommes ne s’étaient pas revus. Un silence gênant s’installa.
        Naig fixa le dos de celui qui autrefois était son ami le plus cher, celui qu’il avait chassé à coups de pierre en l’accusant du meurtre de sa petite sœur. La terreur le gagna. Ce dos, si droit et solide, le paralysait de peur. Etait-ce pace qu’il était protégé par une cape où trônait un lynx d’or ? Symbole du général de l’ordre le plus craint du continent. Peut-être. Ce dos portait si fièrement le symbole du gardien des Secrets qu’il était difficile de ne pas le craindre.
        Mais qui était-il devenu ? Quel chef de guerre était-il ? Quel genre d’homme pouvait porter ce grade à seulement vingt ans ?
    —  Tu es en avance, remarqua finalement Naig.
    —  Des affaires m’empêcheront d’être là dans deux mois, répondit le général.
        Sa voix était agréable, mais son intonation acerbe. Naig ne rajouta rien. Il réfléchissait. Lui-même avait-il autant changé ? Non, il en était certain. Il était comme autrefois, mais en plus mature. Il s’apprêta à parler lorsque Kãlãdãn prit la parole :
    —  Tu n’as jamais dit à personne que je me trouvais avec vous lorsque Lae s’est noyée. Pourquoi ? Alors que tu clamais haut et fort que la faute m’incombait.
        Naig n’aimait pas le ton qu’employait le soldat. Mais il décida de ne pas relever. Après tout, il l’avait cherché.
    —  Je n’ai rien dit au nom de notre amitié passée, répondit-il.
    —  Si amitié il y eut un jour.
        Le châtain serra les poings. Mais avant qu’il n’ait pu répliquer, Kãlãdãn se retourna et ancra son regard sibyllin dans le sien. Il était paisible, mais glacial. Naig recula d’un pas.
    —  Sois tranquille, lui dit le général. Tu as vengé ta sœur. Le Kãlãdãn que vous connaissiez est mort sous tes coups. Alors oublie-le, acheva-t-il avant de s’éloigner.
        Naig le regarda partir, la mort dans l’âme. Il s’agenouilla devant la tombe de sa petite sœur et contempla les fleurs que le soleil faisait toujours briller. Une larme roula sur sa joue.
    —  Je suis désolé petite sœur. J’ai attendu ce moment depuis tellement d’années et aujourd’hui que je l’ai enfin revu, je n’ai pas pu parler. Je n’ai pas eu le courage de lui dire qu’il me manquait.
        L’homme enfouit son visage dans ses mains. Le ciel pleura avec lui. La neige tomba de nouveau, effaçant lentement les empreintes de l’amitié qu’ils avaient tous deux perdue.


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